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“La direction a perdu toute boussole morale” : le chef de la sécurité d'Android claque la porte de Google<br>IA militaire, surveillance des Européens, principes éthiques effacés : pourquoi il a tout quitté

Par Aymeric Geoffre-Rouland

Publié le 12/06/26 à 15h33

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&copy; Google Research / Montage Les Numériques - René Mayrhofer, directeur de la sécurité de la plateforme Android, a démissionné de Google en dénonçant le contrat militaire signé avec le Pentagone.

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C'est l'homme qui protégeait la sécurité de votre téléphone Android. René Mayrhofer a quitté Google après neuf ans, dans une lettre de démission publiée sur son blog et titrée Google Management Has Lost Its Moral Compass.<br>Le déclencheur : un contrat signé fin avril entre Google et le département de la Défense américain autorisant le Pentagone à utiliser les modèles d'IA du groupe pour des travaux classifiés, planification d'opérations militaires et renseignement compris.<br>“Ma décision est devenue inévitable”, écrit Mayrhofer. “Je suis pacifiste. Contribuer activement à faire du mal à des êtres humains n'est pas quelque chose que je peux ou veux cautionner.”<br>De la lettre ouverte de 2018 à la démission de 2026<br>Le parcours de Mayrhofer chez Google épouse celui des principes éthiques du groupe. En 2018, après la révolte interne contre le Project Maven (un programme d'analyse d'images de drones pour le Pentagone), Google avait publié des engagements clairs : pas d'IA pour les armes, pas d'IA pour la surveillance. Mayrhofer avait signé la pétition des employés cette année-là. Google avait alors renoncé au contrat.

Ce deal implique que les produits Google seront probablement utilisés directement contre moi et les miens. Dans ce contexte, je ne vois pas comment je pourrais ne pas démissionner.

Sept ans plus tard, le virage est total. En février 2025, Google a discrètement supprimé de ses principes IA la section listant les usages proscrits : armes, surveillance, technologies susceptibles de causer un préjudice.<br>La modification, annoncée par Demis Hassabis (PDG de DeepMind) et James Manyika, n'a fait l'objet d'aucune communication interne selon Mayrhofer. “Rien de tout cela n'est débattu ni communiqué au sein de l'entreprise. Les décisions sont prises par le sommet, point.” Mais vous pouvez toujours retrouver le PDF ici, sur la Wayback Machine.<br>Un universitaire européen contre une clause à tiroirs<br>Mayrhofer n'est pas seulement un cadre de la Silicon Valley. Professeur titulaire à l'université Johannes Kepler de Linz en Autriche, il lit le contrat Google-Pentagone avec des yeux d'Européen. Ce qui l'alarme : l'accord autorise l'armée américaine à utiliser l'IA de Google pour “tout usage légal” ("any lawful purpose"), sans restriction de périmètre. Autrement dit, la seule limite est ce que le gouvernement américain considère lui-même comme légal.<br>Or, selon Mayrhofer, cette administration “a déjà violé à plusieurs reprises le droit international”. Il cite un avertissement de l'université KU Leuven en Belgique, qui a déconseillé à son personnel de collaborer avec des établissements américains. Sa crainte : que cette définition élastique englobe la surveillance de citoyens européens.

En 2018, Google s'engageait à ne jamais utiliser l'IA pour des armes ou de la surveillance (page 4 des principes IA originaux). En février 2025, cette section a été intégralement supprimée.<br>© Capture d'écran réalisée depuis Internet Archive (Wayback Machine), version du 30 janvier 2025, cinq jours avant la suppression de cette section par Google

Il n'est pas seul. En avril, Andreas Kirsch, chercheur chez Google DeepMind, avait déclaré à Business Insider avoir “incroyablement honte” de la décision de Google. Mais Mayrhofer est le plus haut cadre à franchir le pas publiquement.<br>“Je suis conscient qu'en tant qu'universitaire titulaire dans l'UE, je suis assez privilégié. Beaucoup d'autres n'ont pas cette liberté”, reconnaît-il. Son préavis court jusqu'en août. Il a annoncé qu'il se déconnecterait immédiatement de tout travail sur des systèmes d'IA susceptibles de tomber sous le coup de l'accord militaire. “J'espère désespérément que la direction de Google retrouvera sa boussole morale”, conclut-il.

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